La valeur absolue du décret tertiaire, c’est une cible de consommation énergétique exprimée en kWh/m²/an, fixée par arrêté selon votre type d’activité, indépendamment de toute année de référence. Sauf que beaucoup de gestionnaires de patrimoine ne réalisent l’enjeu qu’au moment de déclarer sur OPERAT, quand les échéances 2030 commencent à peser concrètement sur leurs obligations. Bonne nouvelle : comprendre le Cabs et savoir quand le choisir plutôt que la valeur relative, c’est plus accessible qu’on ne le croit.
Le choix entre les deux méthodes n’est pas anodin. Pour un bâtiment récent, déjà peu énergivore, viser un objectif en valeur relative peut s’avérer bien plus contraignant que d’atteindre directement le seuil Cabs défini par l’arrêté en vigueur. C’est là que tout se joue.
Ce qu’il faut retenir de cet article :
- La valeur absolue (Cabs) fixe un seuil cible indépendant de toute consommation passée.
- Les seuils Cabs varient selon la sous-catégorie d’activité et la zone climatique du bâtiment.
- Un bâtiment récent et déjà performant peut être conforme en valeur absolue dès aujourd’hui.
- Le choix entre les deux méthodes se fait bâtiment par bâtiment, via la plateforme OPERAT.
- Un plan d’actions déposé sur OPERAT structure votre stratégie de sobriété énergétique concrète.
Valeur absolue du décret tertiaire : définition, mécanisme et différence avec la valeur relative
Le décret tertiaire, entré en vigueur en octobre 2019 sous l’appellation officielle Dispositif Éco Énergie Tertiaire, impose aux bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² une réduction progressive de leur consommation d’énergie finale. Deux chemins existent pour atteindre les objectifs fixés. Et le choix entre les deux mérite vraiment qu’on s’y arrête.
Ce que signifie concrètement la valeur absolue (Cabs)
La valeur absolue, ou Cabs (consommation en valeur absolue par sous-catégorie), est un seuil de consommation énergétique exprimé en kWh d’énergie finale par m² et par an. Ce seuil est fixé directement par arrêté ministériel, selon la sous-catégorie d’activité du bâtiment. Concrètement : peu importe ce que votre bâtiment consommait en 2015 ou en 2020, vous avez une cible à atteindre, point.
C’est là que la valeur absolue se distingue fondamentalement de l’autre méthode. Pas d’année de référence à choisir, pas de calcul de pourcentage de réduction. Juste une valeur cible à ne pas dépasser.
La valeur absolue du décret tertiaire fixe une consommation cible indépendante de toute performance passée, ce qui en fait un outil de transition énergétique particulièrement lisible pour les patrimoines hétérogènes.
La valeur relative (Crelat) : l’autre trajectoire
La méthode en valeur relative, le Crelat, fonctionne différemment. Elle consiste à réduire la consommation du bâtiment de 40 % d’ici 2030, 50 % d’ici 2040, et 60 % d’ici 2050, par rapport à une année de référence que vous choisissez entre 2010 et 2022. Ce qui semble souple en apparence peut devenir un piège (et c’est souvent sous-estimé) pour les bâtiments qui consommaient déjà peu à leur année de référence.
Un immeuble rénové en 2018, déjà performant, devra quand même réduire sa consommation de 40 % d’ici 2030. Difficile, voire impossible sans travaux lourds. La valeur absolue, dans ce cas, peut offrir une trajectoire bien plus cohérente avec la réalité du bâtiment.
Bref. Les deux méthodes visent le même objectif global de décarbonation, mais elles n’empruntent pas le même chemin. Et selon votre patrimoine, l’une peut s’avérer nettement plus adaptée que l’autre. Pour les gestionnaires qui s’intéressent aussi à la valorisation d’un immeuble écologique, la compréhension de ces trajectoires réglementaires est souvent le point de départ d’une stratégie cohérente. Voici comment s’y retrouver : immeuble écologique.
Quels seuils Cabs s’appliquent selon votre catégorie d’activité et votre type de bâtiment
Les seuils Cabs ne sont pas universels. C’est précisément leur logique : chaque sous-catégorie d’activité tertiaire a sa propre valeur cible, parce que la consommation d’un entrepôt logistique n’a rien à voir avec celle d’une clinique ou d’un bureau de centre-ville.
Des valeurs différenciées par type d’usage
Les arrêtés valeur absolue (de VA I à VA IV, le dernier en date étant l’arrêté du 1er août 2025) définissent des seuils pour des dizaines de sous-catégories : bureaux, commerces, établissements d’enseignement, établissements de santé, hôtels, entrepôts frigorifiques, et bien d’autres. Chaque sous-catégorie dispose d’un seuil propre, exprimé en kWh/m²/an d’énergie finale.

Pour les bureaux, par exemple, les valeurs cibles sont modulées selon la zone climatique et l’altitude du bâtiment. Un bureau à Lyon ne se voit pas appliquer le même Cabs qu’un bureau à Brest. C’est logique, et c’est ce qui rend le dispositif relativement équitable, même si la complexité des tableaux de l’arrêté peut décourager au premier regard.
- Les bureaux et locaux administratifs disposent de seuils modulés par zone climatique (H1, H2, H3) et altitude.
- Les établissements de santé bénéficient de valeurs ajustées selon la nature des soins dispensés (hospitalisation complète, ambulatoire, etc.).
- Les commerces de détail ont des cibles différenciées selon la surface et le type de produits vendus (alimentaire ou non alimentaire).
L’arrêté du 1er août 2025, dit « arrêté valeur absolue IV », consolide et précise les seuils Cabs pour un grand nombre de sous-catégories, sans modifier les objectifs globaux de réduction fixés par le décret tertiaire : -40 % en 2030, -50 % en 2040, -60 % en 2050.
La modulation climatique : un paramètre à ne pas négliger
La modulation climatique est intégrée directement dans les seuils Cabs pour certaines sous-catégories. Autrement dit, le seuil applicable à votre bâtiment tient déjà compte du contexte climatique local, sans que vous ayez à effectuer de correction supplémentaire dans OPERAT. C’est une simplification bienvenue, même si elle nécessite de bien identifier la zone dans laquelle se situe chaque bâtiment de votre parc.
Pour les patrimoines mixtes, ceux qui mélangent bureaux, commerces et espaces d’enseignement sous un même toit, la question se complique. Chaque entité fonctionnelle doit être déclarée séparément sur OPERAT avec sa propre sous-catégorie. Si votre organisation s’inscrit dans une activité de développement durable au sens large, cette granularité de déclaration peut d’ailleurs devenir un atout pour suivre précisément l’impact de chaque action menée : activité de développement durable.
Choisir la méthode valeur absolue ou relative selon le profil réel de votre patrimoine
Voilà la question qui revient le plus souvent. Et la réponse honnête, c’est : ça dépend. Pas d’une règle générale, mais du profil réel de chaque bâtiment.
Quand la valeur absolue est clairement avantageuse
Un bâtiment récent, construit après la RT 2012, consomme généralement peu. Si vous calculez sa consommation de référence sur une année entre 2010 et 2022, vous partez déjà d’un niveau bas. Réduire encore de 40 % d’ici 2030 peut s’avérer hors de portée sans investissements disproportionnés.
Dans ce cas, regarder le seuil Cabs de votre sous-catégorie peut vous réserver une bonne surprise. Si votre bâtiment consomme déjà en dessous de ce seuil, vous êtes techniquement conforme en valeur absolue dès aujourd’hui. C’est un argument de poids.
À l’inverse, un bâtiment ancien, énergivore, avec une consommation de référence élevée, a tout intérêt à opter pour la valeur relative. Réduire de 40 % une consommation de départ importante reste plus accessible que d’atteindre directement un seuil Cabs ambitieux. La trajectoire est plus douce, et les actions de rénovation énergétique tertiaire peuvent être planifiées progressivement.
Le cas des parcs mixtes : une logique bâtiment par bâtiment
Pour les gestionnaires de patrimoine immobilier tertiaire étendu, le choix de la méthode ne se fait pas une fois pour toutes. Il se fait bâtiment par bâtiment, entité fonctionnelle par entité fonctionnelle. Certains actifs appelleront la valeur absolue, d’autres la valeur relative.
Et c’est là que la déclaration sur OPERAT prend toute son importance. La plateforme permet de déclarer chaque entité séparément, avec sa méthode propre. Ce n’est pas une contrainte, c’est une flexibilité réglementaire que beaucoup n’utilisent pas encore assez.
D’ailleurs, si votre démarche intègre des solutions comme l’autoconsommation d'énergie aux panneaux solaires, ces données de production locale peuvent aussi être prises en compte dans le calcul de la consommation d’énergie finale déclarée, sous certaines conditions. Un point à vérifier avec votre conseiller ou auprès des ressources officielles de developpement-durable.gouv.fr.
La flexibilité offerte par le choix entre valeur absolue et valeur relative dans le décret tertiaire est une vraie opportunité : bien utilisée, elle permet d’adapter la trajectoire réglementaire à la réalité physique et économique de chaque bâtiment, plutôt que de subir une contrainte uniforme.
Un dernier point, souvent oublié. Quelle que soit la méthode choisie, un plan d’actions (PAA) doit être déposé sur OPERAT pour justifier la trajectoire et les moyens mis en oeuvre. Ce n’est pas une formalité : c’est la colonne vertébrale de votre engagement réglementaire, et l’occasion de structurer une vraie stratégie de sobriété énergétique pour votre parc.
Valeur absolue vs valeur relative : quel chemin pour quel bâtiment
Deux méthodes, des logiques opposées, des impacts très différents selon votre patrimoine.
| Critère | Valeur absolue (Cabs) | Valeur relative (Crelat) |
|---|---|---|
| Principe de calcul | Seuil fixe en kWh/m²/an | Réduction % vs année de référence |
| Année de référence | Aucune nécessaire | Choisie entre 2010 et 2022 |
| Objectif 2030 | Atteindre le seuil Cabs fixé | Réduire de 40 % la consommation |
| Profil avantagé | Bâtiment récent, déjà performant | Bâtiment ancien, fort consommateur |
| Modulation climatique | Intégrée dans le seuil Cabs | À prendre en compte séparément |
| Flexibilité par parc | Applicable bâtiment par bâtiment | Applicable bâtiment par bâtiment |
Le 30 septembre 2022 : une échéance concrète à ne pas rater
La chaîne Le Bâtiment Optimisé – ACCEO détaille les actions prioritaires avant cette première date clé.
Valeur absolue ou relative : le choix qui change tout pour votre parc
La valeur absolue du décret tertiaire n’est pas simplement une alternative technique au Crelat. C’est souvent la méthode la plus cohérente pour les bâtiments récents ou déjà performants, et l’ignorer revient à se donner une contrainte artificielle que le législateur n’a pas voulu imposer. Bref. Le bon réflexe, c’est de comparer les deux trajectoires avant toute déclaration sur OPERAT, bâtiment par bâtiment.
Maîtriser cette logique, c’est passer d’une obligation subie à une stratégie de sobriété énergétique pilotée. Et ça, ça change vraiment l’approche du plan d’actions à déposer.
La vraie question, au fond : votre patrimoine est-il géré selon ses contraintes réglementaires, ou selon son potentiel réel de transition ?
Ce que vous vous demandez encore sur la valeur absolue et le décret tertiaire
Quels bâtiments sont assujettis au décret tertiaire et à partir de quelle surface ?
Tous les bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments à usage tertiaire dont la surface de plancher atteint ou dépasse 1 000 m² sont concernés. Ça inclut les propriétaires comme les preneurs à bail, parce que l’obligation suit l’usage du bâtiment, pas uniquement son détenteur juridique.
Comment choisir son année de référence pour le calcul Crelat ?
L’année de référence doit être choisie entre 2010 et 2022. Bref, prenez celle où la consommation était la plus haute, mais représentative d’une activité normale, sans travaux ni fermeture exceptionnelle. Choisir une année atypiquement élevée fausse la trajectoire et peut créer une fausse impression de conformité dès 2030.
Comment déclarer ses consommations sur OPERAT en valeur absolue ?
Sur OPERAT, vous déclarez chaque entité fonctionnelle avec sa sous-catégorie d’activité, ce qui déclenche automatiquement l’affichage du seuil Cabs correspondant. Ensuite, vous renseignez vos consommations réelles en kWh d’énergie finale. La plateforme fait le reste et situe votre bâtiment par rapport à la cible.

